____En vérité, je vous le dis.
Ouiiii, en vérité je vous le dis, mes bien chers skieurs, mes bien chères skieuses, il neige. Et cela a beau être toujours pareil, c'est toujours différent. Le soir arrive et avec lui les premiers flocons, d'abord lents et volages, qui hésitent presque à tomber jusqu'au sol, qui transigent, qui butinent, qui volettent. Ceux-là, on les remarque à peine, jusqu'à ce qu'une voix perçante résonne, " Eh ! Regardez dehors, il neige ! ". Alors on se précipite aux fenêtres en laissant la casserole sur le four ou la partie de Guitar Hero en plan, et on se colle le nez à la vitre pour mieux écarquiller les yeux. Oui, on écarquille les yeux vers la neige, et on se prosterne mentalement vers sa sainteté. Car maintenant c'est une vraie tempête, le ciel est blanc, les lampadaires se renfrognent et n'éclairent plus qu'une boule floconneuse autour de leur halo rabougri. Déjà, la route en bas est recouverte, blanche avec deux traits noirs, une voiture vient de passer. Il neige, mes bien chers skieurs, mes bien chères skieuses, et l'on a le coeur léger, comme étourdis que nous sommes par une nouvelle perspective sur la vie et sur l'avenir. La neige a lavé nos soucis, et ce qu'elle promet pour demain ne cesse de se confirmer d'heure en heure. La neige a tout recouvert, le béton et les chaises oubliées dans le jardin, les poubelles et les trottoirs, les routes et les chemins. Tout devient liberté, égalité. Pour la fraternité, mes skieurs, mes skieuses, on en connaît tous, de ces gens qui ne skient pas. Ce sont des pêcheurs, par exemple, ou des baigneurs. Pour eux, la neige est une calamité, elle empêche de descendre au travail, elle génère, oui, je n'hésite pas à le dire, de l'insécurité. La neige est une sauvegeonne, une rebelle, une voyou. Elle est froide et s'insinue, elle glisse, elle est traîtresse et colle partout. Bref, pour toute une partie de la population française, une belle tempête de neige qui recouvre tout de son lourd manteau blanc n'est pas forcément synonyme de plaisir et d'enthousiasme. C'est qu'il reste encore du chemin à parcourir, mes bien chers skieurs, mes bien chères skieuses. Et nous sommes responsables. Tels des apôtres météorologiques, il nous faut apprendre, apporter et tendre un bâton aimant vers ces moutons égarés dans la tempête. " Venez " devons nous leur dire " suivez-nous dans cette masse de poudreuse et serrez bien vos fixations, le plaisir de flotter nous attend ". Car la neige, et même quand le soleil reste tapi derrière les lourds nuages blancs, la journée sera paradisiaque et les sourires au rendez-vous. Ainsi soit-il.

